1118, le fort de Malassis : mille ans d’histoire au bord de l’Epte
Le domaine est à Sainte-Geneviève-lès-Gasny, un village de l’Epte voisin de Giverny. Derrière son calme, mille ans d’écrits racontent une frontière disputée, une ruse de chevaliers et les vignes des moines.

Vers 1025 : « Sancta Genovefa, avec son église »
Le village apparaît dans les textes vers 1025. Une charte de Richard II, duc de Normandie, confirme à l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen ses biens de la vallée, et parmi eux « la villa appelée Sancta Genovefa avec son église », aux côtés de Giverny. Selon la même charte, ces biens remontaient à Rollon, le premier duc de Normandie.
Le nom vient de sainte Geneviève. « Lès » veut simplement dire « près de » : en 1292, un acte en latin parle déjà de la paroisse de Sainte-Geneviève « juxta Gaani », près de Gasny.
Une frontière sur l’Epte
L’Epte a longtemps séparé la Normandie du royaume de France : la tradition fait remonter cette limite à l’accord de 911 entre le roi Charles le Simple et Rollon. Sainte-Geneviève est sur la rive normande, dans ce qu’on appelait le Vexin normand.
1118 : des chevaliers déguisés en moines
En 1118, la guerre oppose le roi de France Louis VI le Gros à Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Selon le moine chroniqueur Orderic Vital, des chevaliers de Louis VI entrent dans Gasny par la ruse, déguisés en moines sous des capuchons noirs, et fortifient le petit prieuré des moines de Saint-Ouen.
Henri Ier accourt et fait élever deux forts pour les assiéger. Les Français leur donnent, par moquerie, les surnoms de « Malassis » (mal assis) et de « Gîte-à-Lièvre ». Le premier se trouve sur le territoire de Sainte-Geneviève-lès-Gasny. Peu après, selon Suger, abbé de Saint-Denis et biographe de Louis VI, les Français attaquent le fort et le ruinent.
Il en reste une motte de terre d’environ 17 m de diamètre et 4 m de haut, entourée d’un fossé. Des archéologues en ont publié le plan en 2008. Le site n’est pas aménagé et se trouve sans doute sur un terrain privé : il ne se visite pas.
Le moulin et les vignes des moines
En 1214, le chevalier Étienne de Mareville autorise les moines de Saint-Ouen à construire un moulin à Sainte-Geneviève, « là où ils avaient eu autrefois un moulin », l’eau devant reprendre son cours « devant la porte de Sainte-Geneviève ».
Les moines y avaient aussi des vignes. Un acte de leur abbaye règle le travail du vigneron qui entretenait leurs trois arpents : il devait creuser chaque année cent fosses, tailler et plier la vigne, et recevait 6 deniers pour acheter une serpe et 4 deniers pour des gants. Vers 1879, la commune comptait encore 5 hectares de vignes, un moulin à blé et une scierie.
De la Révolution à aujourd’hui
- 1793 : la commune s’appelle « La Vallée sur Gasny ». Elle reprend le nom de Sainte-Geneviève en 1801.
- 1816 : l’église Sainte-Geneviève est reconstruite ; la date est inscrite sur l’édifice.
- 1921 : la commune ne compte plus que 123 habitants. Ils sont environ 650 aujourd’hui.
- 1985 : une partie de la commune entre dans le site classé « Giverny-Claude Monet, le confluent de la Seine et de l’Epte ».
Depuis le domaine
Le domaine est installé au bord de cette même Epte, à 4 minutes en voiture de Giverny. Pour prolonger le voyage dans le temps, Château-Gaillard et La Roche-Guyon racontent la suite de la frontière normande : voir Giverny et alentours.
Sources : charte de Richard II et actes de Saint-Ouen (édition Scripta, université de Caen) ; Orderic Vital, Histoire ecclésiastique ; B. Lepeuple, « Deux contre-châteaux d’Henri Ier Beauclerc en 1118-1119 », Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2008 ; A. Le Prévost, Mémoires et notes pour servir à l’histoire du département de l’Eure, 1862-1869 ; Charpillon et Caresme, Dictionnaire historique des communes de l’Eure ; EHESS, Des villages de Cassini aux communes d’aujourd’hui ; base Mérimée du ministère de la Culture ; DREAL Normandie.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que le fort de Malassis ?
- Un fort élevé en 1118 par Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, pour assiéger les troupes du roi de France installées à Gasny. Il se trouve sur le territoire de Sainte-Geneviève-lès-Gasny. Le site n’est pas aménagé et ne se visite pas.
- D’où vient le nom de Sainte-Geneviève-lès-Gasny ?
- Le village porte le nom de sainte Geneviève ; « lès » veut dire « près de » : Sainte-Geneviève près de Gasny. Les actes du Moyen Âge l’appellent « Sancta Genovefa ».
- Sainte-Geneviève-lès-Gasny est-elle loin de Giverny ?
- Non, les deux communes sont voisines sur l’Epte. Le domaine est à 4 minutes en voiture du village de Giverny.